Accueil » Comment la psychanalyse aide à changer sans donner de conseils (et pourquoi cela fonctionne)
Quand on commence une thérapie, on imagine souvent que le psy va nous dire quoi faire. Donner des conseils. Apporter des réponses. Montrer une direction.
Et pourtant, en psychanalyse, les choses se passent autrement. Le changement ne vient pas d’un conseil extérieur. Il se construit peu à peu, de l’intérieur.
Un conseil peut parfois rassurer sur le moment. Mais il ne transforme pas en profondeur.
Pourquoi ? Parce que chaque personne a son histoire, ses émotions, ses blocages, ses répétitions. Ce qui est juste pour l’un ne l’est pas forcément pour l’autre.
Sigmund Freud avait montré que ce qui nous fait souffrir ne dépend pas seulement de la situation actuelle, mais aussi de ce qui se joue en nous, souvent de manière inconsciente. Et cela, personne ne peut le comprendre à votre place.
Dans une séance, il ne s’agit pas d’aller vite ni de trouver immédiatement une solution. Il s’agit d’avoir un espace pour déposer ce qui est là :
Petit à petit, quelque chose se met en mouvement. Comme si le fait de dire, d’être entendu, permettait déjà de transformer.
Le psychanalyste n’est pas en retrait “passif”. Il est là, attentif, engagé, mais sans diriger.
Jacques Lacan parlait de cette position particulière : ne pas savoir à la place de l’autre, pour lui permettre de découvrir par lui-même. Cela demande parfois de ne pas intervenir trop vite. Car ce qui émerge a besoin de temps pour se construire.
Au fil des séances, une relation particulière se crée.
On peut ressentir des attentes, des émotions, parfois des incompréhensions. C’est ce qu’on appelle le transfert.
Mais ce mouvement ne concerne pas seulement le patient. Le psychanalyste aussi ressent des choses. C’est ce qu’on appelle le contre-transfert.
Ces ressentis ne sont pas là par hasard. Ils donnent des indications sur ce qui se rejoue dans la relation. À condition, bien sûr, de ne pas les agir, mais de les comprendre.
On pourrait croire que le psy “ne fait rien”. En réalité, il se passe beaucoup de choses.
Wilfred Bion décrit ce travail intérieur comme une fonction de transformation. Le psy accueille ce qui est parfois confus, intense, difficile…
et le rend peu à peu plus “pensable”. Il parle aussi de “rêverie” : une manière d’être présent, ouvert, disponible à ce qui se passe, même sans mots clairs.
Pour que ce travail puisse se faire, il faut un cadre stable.
Donald Winnicott parlait d’un environnement suffisamment sécurisant pour permettre à la personne d’explorer ce qu’elle vit. Sans être brusquée, sans être jugée, sans être dirigée.
C’est dans cet espace que le changement devient possible.
Parfois, parler ne suffit pas. On comprend… mais ça ne change pas vraiment. Ou bien quelque chose résiste, reste bloqué, difficile à atteindre. C’est souvent là que le rêve éveillé peut ouvrir un autre chemin.
Dans le rêve éveillé, il ne s’agit pas d’imaginer volontairement. Il s’agit de laisser venir.
Des images apparaissent, des scènes se dessinent, parfois très simples, parfois très chargées. Sans qu’on sache vraiment pourquoi, et pourtant, ce qui se montre là a du sens.
Comme l’a développé Jean-Marc Henriot, ces images permettent d’accéder à des zones profondes du vécu : des émotions anciennes, des expériences restées en suspens, des éléments qui n’ont pas pu être pleinement intégrés.
Dans cette approche, il ne s’agit pas seulement de comprendre. On peut, à travers l’image, revivre autrement certaines situations. Une peur, une solitude, une relation. Mais cette fois, dans un cadre sécurisé.
La psychanalyste Nicole Fabre a montré combien l’image permet de s’approcher de ce qui est difficile, sans être submergé. Quelque chose peut alors se transformer, non pas parce qu’on l’a analysé, mais parce qu’on l’a traversé autrement.
Le rêve éveillé crée un espace particulier dans la séance. Il n’y a plus seulement la relation au psy. Il y a aussi ce qui se déroule dans l’imaginaire. Comme un espace intermédiaire.
Un espace que Winnicott décrivait déjà comme un lieu de jeu, entre le dedans et le dehors.
Dans une psychanalyse classique, beaucoup de choses passent directement par la relation au psy.
Dans le rêve éveillé, cela passe aussi par les images. Le transfert se déplace. Il peut apparaître dans :
Comme le souligne Valérie Larose, l’imaginaire devient un espace où le vécu psychique peut se représenter autrement.
Ce qui est difficile à dire peut se montrer. Et souvent, cela permet d’aller plus loin, avec moins de résistance.
Le psy n’impose pas d’images. Il ne dirige pas ce qui doit apparaître. Il accompagne, il aide à rester dans l’expérience. À ne pas fuir. À mettre des mots ensuite, quand c’est possible.
C’est un travail très fin, proche de ce que décrivait Wilfred Bion : accueillir, contenir, transformer.
Le changement ne se fait pas par effort. Il se fait parce que quelque chose a été vécu autrement. Parce que cela a pu être approché. Parce que cela a pu être symbolisé.
Et souvent, cela se ressent après coup :
En psychanalyse, on ne cherche pas à aller vite. On ne force pas une prise de conscience. On ne pousse pas une émotion. On ne décide pas à la place de l’autre.
Le changement se fait autrement. Par petits déplacements. Par ouvertures progressives. Par quelque chose qui devient possible.
Autour du rêve éveillé :
Pour élargir :
Sites :
La psychanalyse ne donne pas de conseils, non pas par manque de réponses,
mais parce que les vraies réponses ne peuvent pas venir de l’extérieur. Elles se construisent.
Dans la parole.
Dans la relation.
Dans les images parfois.
Et à un moment, quelque chose bouge.
Pas parce qu’on l’a décidé. Mais parce que c’était prêt.